Vis ma vie de femme enceinte: le bal des interdits

10 Sep

Quand je suis tombée enceinte je savais évidemment que j’allais devoir faire quelques sacrifices , notamment réviser le contenu de mon verre et de mon assiette pendant quelques mois.  1ère prise de sang, mauvaise nouvelle, je ne suis pas immunisée contre la toxoplasmose (ça vaut bien le coup d’avoir papouillé des chats pendant plus de 30 ans, bande d’ingrats tiens). Donc pas de viande saignante, pas de fromage au lait cru, ok.  On se découvre ensuite d’autres ennemis, la salmonellose et la listériose. Pas de fromage à pâte molle, pas de poisson cru ou fumé, pas de graines germées crues, pas de charcuterie, pas de plats préparés d’origine douteuse, ok. Et pas d’alcool bien sûr, ok.

Combinez à ça les nausées, dégoûts, envies du premier trimestre (c’est forcément là que vous prend une féroce envie de saucisson alors que vous n’en mangez jamais d’habitude), et vous obtenez une femme enceinte un peu paumée dans les rayons de son monoprix. Un brin déconfite quand le futur papa ose glisser une tranche de pâté de campagne dans le caddie (on découvre vite que la solidarité masculine a ses limites). Au bord de la crise de nerfs dans les repas de famille : Qui aura finalement la peau de votre bébé ? Tata Lulu dans l’arrière-cuisine avec le chandelier sa mayonnaise suspecte ou Mamie Louisette dans la salle à manger avec ses carottes râpées mal lavées ?

Je n’imaginais pas à quel point les tablettes de ma salle de bains allaient aussi être chamboulées. Ma gynéco m’a d’abord conseillé d’oublier les colorations pour cheveux pendant 9 mois. A proscrire aussi les huiles essentielles, potentiellement abortives ou neurotoxiques, rien que ça. On retient donc sa respiration quand on passe le seuil de Nature et Découvertes. On fuit aussi tous les produits contenant des parabens.  Un rien parano, on se met à décrypter les étiquettes (qui sont toutes en anglais, c’est plus drôle, comment dit-on huile essentielle de menthe poivrée en VO déjà?) et on découvre la face sombre des cosmétiques. Dans un dernier sursaut de naïveté on tente  de se rassurer en parcourant des forums spécialisés où de futures mamans toutes plus hystériques les unes que les autres vous font douter de votre gel douche ou de votre dentifrice, armes sournoises et silencieuses de la mère infanticide. Et on reste avec ses cheveux blancs, sa peau de croco, ses dents jaunes et son début de dépression.

A se demander si le stress engendré par tous ces interdits n’est finalement pas plus néfaste que les produits  visés. Heureusement à presque 6 mois de grossesse, j’ai appris à relativiser (un peu), et je suis devenue (un peu) plus zen. Quand j’ai lu que l’huile d’amande douce (quasiment le seul produit cosmétique que j’ose utiliser en ce moment) était déconseillée par certains allergologues, j’ai fait semblant de ne rien voir. Rebelle un jour, rebelle toujours. Et quand mon dentiste m’a prescrit un bain de bouche contenant de l’alcool et des huiles essentielles j’ai presque réussi à ne pas pleurer. Presque.

Publicités